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UNE REINTEGRATION

 

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UNE RÉINTÉGRATION DE NOBLESSE EN 1759

 

JACQUES D’HILLERIN DE LA GRANGE,
CAPITAINE AU ROY AL-INFANTERIE A METZ

                  Le 27 novembre 1764, Jacques d’Hillerin de la Grange, capitaine au Royal-Infanterie, épousait à Metz, paroisse Saint-Gorgon, Elisabeth Poncelet[1].

Il était le fils de Claude-François[2], seigneur de la Groix de Pissotte, avocat du roi en la sénéchaussée de Fontenay-le-Comte, et de Marie-Perine Chauvière, et il avait vu le jour le 24 juillet 1718 à Saint-Remy de Pissotte.

Ses ancêtres étaient de bonne noblesse poitevine. L’un d’eux, Pierre d’Hillerin, écuyer, sieur de Saint-Hilaire, avait été conseiller­contrôleur à Mauléon; son arrière-grand-père François avait été lieutenant particulier à La Rochelle (1626) , et son grand-oncle François, chanoine de Luçon.

Jacques avait aussi un frère Charles-François, son aîné de huit ans qui, après des études au collège des Jésuites de Fontenay-le­Comte, vint à Paris où il se fit inscrire au barreau tout en continuant à cultiver la théologie et les sciences exactes. Il se lia d’amitié avec Réaumur et fréquenta assidument les Jansénistes. Il devait retourner à Fontenay pour y exercer la profession d’avocat et s’y maria. Un de ses fils, Jacques-François-Auguste, capitaine au régiment de Limousin, fut en garnison à Metz où il mourut à la Citadelle en 1776, âgé de 36 ans[3].

Charles-François, mort en 1777, fut un excellent généalogiste et un bon érudit qui, toutefois, ne voulut jamais rien faire imprimer.

Jacques d’Hillerin qui ajouta à son nom le patronyme de la Grange, s’enrôla à Metz, à 23 ans, comme volontaire dans le Royal­Infanterie (6 juin 1741); il devint lieutenant en 1742 et capitaine en 1747.

En 1759, les deux frères vont solliciter de Louis XV leur réintégration dans Ia noblesse que leur père avait perdue, s’étant « oublié au point de se laisser imposer à la taille », à cet impôt levé presqu’exclusivement sur les roturiers. Le souverain accéda à leur désir et réintégra les Hillerin de la Groix et de la Grange dans leurs prérogatives passées[4].

« Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à nos amés et féaux conseillers les gens tenant notre Cour des Aides à Paris et à tous autres nos officiers et justiciers qu’il appartiendra, salut. Nos chers et bien amés Charles-François de Hillerin, notre consèiller, avocat pour nous en la sénéchaussée et siège royal de Fontenay-le-Comte, et Jacques de Hillerin, capitaine au régiment Royal-lnfanterie, nous ont représenté qu’ils ont l’avantage d’être issus de race noble et d’avoir divers branches de leur famille qui jouissent des privillèges et des distinctions attachées à la noblesse; que si quelquefois on a tenté de les y troubler, elles en sont toujours sorti à leur avantage; que les auteurs des exposants depuis la division de leur branche particulière ont joui sans trouble des droits et prérogatives de leur naissance; que cependant par une négligence dont peut-être il n’a pas senti les conséquences, François de Hillerin leur père a omis de prendre la qualité de nobile et s’est ensuite oublié au point de se laisser imposer à la taille; que nonobstant que les omissions auxquelles il n’était pas sujet ne forment pas une dérogeance dans un homme qui d’ailleurs n’a exercé aucune profession contraire à sa naissance et qu’à p’lus forte raison, elles ne puissent nuire à ses enfants et leur faire perdre l’état qu’ils tirent de leur origine; néanmoins contents de vivre noblement, les suppliants ont eu la délicatesse de s’abstenir de prendre les titres et qualités qui en sont la marque distinctive jusqu’à ce qu’ils aient dissipé les nuages que la faiblesse de leur père pourrait avoir élevés sur la noblesse de leur extraction, mais qu’i’ls se flattent que cette modération ne leur sera pas préjudiciable; qu’au contraire elle disposera à les écouter favorablement et que leur généalogie qu’ils ont établie sur des pièces authentiques, en écartant les doutes qui pourraient leur nuire, nous déterminera à les relever des omissions de leur père et de la facilité qu’il a eue de payer la taille et à les rétablir dans la plénitude de leurs droits; pourquoi s’étant pourvus en notre conseil, à ce qu’il nous plu, vu les titres et filiation de noblesse par eux rapportés, remontant à près de trois siècles… nous confirmons, maintenons et gardons par ces présentes signées de notre main, Charles-François de Hillerin et Jacques de Hillerin dans leur noblesse, comme issus en ligne directe de René de Hillerin, écuyer, sieur Du Bois qui vivait au commencement du seizième siècle. »

« Donné à Versailles le premier jour de février l’an de grâce 1759 et de notre règne le quarante-quatrième. Signé Louis et plus bas: par le roi, signé Phelippeaux avec griffe et paraphe. »

« Registré en la Cour des Aides… le 3 septembre 1759. Signé Besnier. »

Jacques d’Hillerin, chevalier de Saint-Louis en 1759, n’était pas un officier de valeur si l’on se rapporte aux notes que lui a données Ie marquis de Boufflers, gouverneur militaire de Metz: « bon capitaine, rien de plus » (1763); « médiocre, n’a pas beaucoup de goût au métier » (1765). En cette même année 1765, il était mis à la retraite avec une pension de 400 livres. Il décidait de se retirer à Metz, en Jurue, avec celle qu’il avait épousé un an auparavant.

Elisabeth Poncelet, veuve de Claude Robert, avocat au Parlement, juge gruyer des terres et seigneuries de Marange et de Mercy­lès-Metz, seigneur de Fercomoulin (décédé en 1762), était issue d’une famille bourgeoise dont le nom devait être illustré au siècle suivant par son petit-neveu, Jean-Victor Poncelet, mathématicien de génie, commandant de l’Ecole Polytechnique, membre de l’Académie des Sciences.

Jacques d’Hillerin de la Grange mourut à Metz le 7 juillet 1782 (paroisse Sainte-Croix)[5] et sa veuve le 14 germinal an IX, âgée de 76 ans.

 

H. TRIBOUT de MOREMBERT

 

[1]Mercier du Rocher, Hillerin de la Groix, avocat du Roi en la senechaussée de Fontenay-le-Comte, dans Annales de la Société académique de Nantes, XXXVIII (1871), 298.301 et Archives Nationales, Z lA 607.

[2]Sur la famille, voir les Archives Nationales, Lettres patentes de la cour des aides, Z lA 138, 139, 545, 547, 553, 607, 648. Bibliothèque Nationale: Cherin, 106, n° 2200, fol. 1-4; Pièces originales, 1524, n° 34719, fol. l-204; Dossiers Bleus, 358, n° 9282, fol. 1-76; Armorial colorié d’Hozier. La famille d’Hillerin portait « de gueules à trois roses d’argent » (Poitiers, 1, 519).

[3]Ministère de la Guerre, Archives administratives, contrôles du régiment de Limousin (1763); Poirier, Documents généalogiques du Pays messin, Paris, 1899, 324.

[4]Archives Nationales, Z lA 607.

[5]Archives de la Ville de Metz.

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